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La hauteur du silence

C'est vraiment la rentrée. Nouveaux magazines, nouveaux animateurs, nouveaux horaires, nouvelles stratégies proposées par les deux grades chaînes désormais concurrentes - mais qui se ressemblent de plus en plus- TF1 d'abord , suivie par France 2. On assiste au jour le jour à l'évolution des "niouzes" et des "Pourquoi de monsieur Pourquoi" en pré-prime time sur la Une comme s'il s'agissait d'événements d'importance pour la France et les Français. Baptême du feu, coulisses, on a droit aux angoisses et au stress des uns et des autres. Nos animateurs TV deviennent comme nos sportifs, ils doivent donner leur réactions à chaud au lendemain de leurs performances ou échecs, expliquer les raisons de leurs coups de pompe, prévoir leur proche avenir. Présentée comme l'émission-choc de la rentrée, "les niouzes" animées par Laurent Ruquier et sa bande, ont bénéficié d'un formidable effet d'annonce dans la presse avant de dégringoler dans les sondages, perdant plus de 600 000 téléspectateurs en trois jours. On a beaucoup parlé de la chute de l'audience, peu du fond (c'est la tendance dan les médias chargés de l'audiovisuel). Laurent Ruquier est plutôt sympathique avec ses drôles de lunettes et son côté lunaire, mais ses blagues le sont beaucoup moins. Difficile d'imiter les Guignols ! Pas la même qualité d'humour. Surtout, on ne peut pas faire de l'humour sur n'importe quoi. Ses blagues sur les Bosniaques l'autre jour étaient non seulement douteuses, elles avaient quelque chose d'effrayant. Puis tout le monde s'est penché sur "LMI", le nouveau magazine d'information de Guillaume Durand sur TF1. Le retour de Durand, l'actualité "la plus chaude" Interviews, les même partout, on s'attendait au pire. On a été surpris. Toujours ses questions franches, façon journaliste-qui-ne-se-laisse-pas-intimider-par-les-grands mais pas cette insolence un peu vulgaire qu'on lui connaissait, pas de paillettes non plus. Ce retour signe-t-il celui de l'information vers une certaine sobriété ? Cette semaine, c'est France 2 qui fait sa rentrée. "Osons, osons !" La chaîne de service public lance, jeudi, une nouvelle émission d'information, "Invité spécial", au cur même du "Journal de 20 heures"-une petite révolution dans la grille des programmes, qui sera suivie de près par le milieu. Le 10 septembre, Jean-Luc Delarue inaugure "Déjà Dimanche", un magazine en deux temps : un panorama de l'actualité culturelle suivi d'un débat. Attendons pour juger. Le thème de son prochain " ça se discute" (reprise le 12 septembre) sera : "l'avenir est-il aux garces ?" Une question très service public, comme on le voit. A contre-courant des vents dominants, des grandes revues de presse, Arte diffuse depuis le 14 août une émission quotidienne d'une minute, pas plus, intitulée "Le regard du silence". Chaque jour, un visage vous regarde silencieusement, droit dans les yeux. Le visage et le regard d'un Bosniaque. Cinquante en tout, filmés par Hervé Nisic. Ils seront rassemblés jeudi 7, sous le titre "La hauteur du Silence" avant une soirée sur l'avenir de l'ex-Yougoslavie.

Catherine Humblot

©Le Monde

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